“L’information est livrée à une guerre de profits”

 

 

“L’information est livrée à une guerre de profits”

 

 

Entretien de Virginie Roussel Correspondante à Paris

 

06/05/2012

 

 

Le film démontre pourquoi les stars des médias, non seulement ne jouent plus leur rôle de “contre-pouvoir”, mais se sont aussi érigées en castes servant une seule et unique idéologie.
 

Comment patrons de presse, industriels et politiques réussissent-ils à former des alliances ?

 

Ces éditorialistes, ces stars du micro ont une proximité de caste, de formation, d’origine sociale. Les journalistes qui dirigent les services politiques et font l’opinion publique, ainsi que les politiques, comme dans une famille, se protègent mutuellement. Ceux qui comptent sont cooptés, initiés dans des déjeuners, pour obtenir des infos relativement exclusives, être au courant des affaires et être capables de faire le silence sur un certain nombre d’événements.

 

Ces vedettes ne sont pourtant pas représentatives de la profession.

 

Le film s’intéresse au système, à une poignée d’entre eux et à une certaine manière de pratiquer le métier. Il ne dénonce pas l’ensemble des 37 400 journalistes français qui ont leur carte de presse. Parmi les nouveaux entrants, plus de 40 % sont des précaires. Et 25 % de ceux qui détiennent la carte de presse le sont tout autant.

 

Votre parti pris militant ne risque-t-il pas de desservir une démonstration néanmoins percutante ?

 

Pourquoi le mot est-il péjoratif ? J’assume la forme du pamphlet. L’humour est une arme. Nous menons un combat politique, au sens noble du terme, une réflexion sur une profession, sur ses enjeux démocratiques. On le fait depuis longtemps à travers un travail bénévole, au sein d’Acrimed, qui est à la gauche de la gauche, qui est altermondialiste, mais qui n’a jamais appelé à voter pour qui que ce soit. La santé, l’éducation ne sont pas une marchandise comme les autres. Pour tout le monde, c’est devenu évident. Il doit y avoir des règles communes, des instances de régulation. Mais quand on parle d’information, on n’a pas ce réflexe-là. Et on livre l’information au marché, dans une guerre de profits. La question des médias doit redevenir une question politique, on doit pouvoir en débattre.

 

Le CSA ne jouerait-il pas son rôle de régulateur ?

 

C’est un organisme croupion aux ordres du pouvoir en place qui cache son idéologie derrière des normes techniques. Actuellement, il assassine les radios libres au prétexte de passer à la radio numérique terrestre. C’est la même logique que celle qui l’a vu livrer la quasi-totalité des canaux de la TNT aux grands groupes. Dans la presse écrite, trouvez-vous normal que les aides aillent indifféremment à un magazine comme “Elle”, pourri par la publicité et largement bénéficiaire ? Ces aides devraient être réservées à une presse sans publicité. L’information n’est pas une marchandise comme les autres.

 

La réflexion du film porte-t-elle ses fruits ?

 

On peut se réjouir qu’à la suite de l’Association des économistes américains (AEA), très récemment, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ait exigé de ses membres qu’ils révèlent les conflits d’intérêt. Dans le cadre d’une publication académique, ces experts doivent dire par qui ils sont payés au cas où une entreprise les aurait rémunérés dans les deux ans avant l’écriture du papier. On peut même penser que “Les nouveaux chiens de garde” n’y sont pas complètement pour rien. La décision de l’AEA aux Etats-Unis vient aussi d’un documentaire, “Inside Job”, qui détaille les mêmes conflits d’intérêt. Ça commence à bouger, mais on est loin d’une prise en compte du fond du problème.

 

Pourquoi avoir refusé de participer à l’émission de Yann Barthès ?

 

C’est le prototype du mélange des genres où n’émerge jamais une pensée critique. C’est une critique de surface, de dézingage des hommes politiques parfois très bien faite, parfois totalement malhonnête et biaisée. C’est loin d’être la critique radicale qu’on souhaite entreprendre. En aucun cas, je n’ai entendu Yann Barthès citer les médias du point de vue de l’économie, du point de vue des propriétaires de sa chaîne et des positons dominantes dans le sport. A la télé, la critique de médias est devenue un produit médiatique comme les autres.

 

 

Lalibre.be



06/05/2012

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